Grand-maman Dragon

Aujourd’hui, je vais vous raconter une légende familiale, un moment empreint de spiritualité où création, croyance et magie se sont donné rendez-vous.

Cette légende, nous la devons à Laurelou du Vieux-Terrebonne. Comme elle a grandi près de l’Île-des-Moulins, son enfance a été rythmée par la parade des canards, la restauration des bâtiments, les pique-niques, les baignades et le patin à glace. Mais c’est jeune adulte, grâce au premier mandat que lui donne André Fontaine, directeur de l’île à l’époque, qu’un événement va profondément la marquer.

Avant de poursuivre, je vous préviens tout de suite. Ce que Laurelou a partagé avec nous est très précieux. Lorsque je l’ai lue, j’en ai été bouleversée. Au moment où j’écris ces lignes, je suis très émue du cadeau qu’elle a bien voulu nous faire. Mais continuons, si vous le voulez bien.

Nous sommes en 1997, Laurelou a 23 ans et travaille pour la Maison des Jeunes de Terrebonne. André Fontaine, donc, demande l’aide des jeunes pour construire un grand dragon allégorique, qui sera déposé sur des radeaux et qui glissera sur les eaux de l’écluse le soir de la Fête nationale. Comme elle est diplômée en arts visuels, elle est l’une des animatrices intervenantes choisies pour collaborer au projet avec les jeunes. « Je m’amuse comme une p’tite folle, l’équipe artistique est géniale, ainsi que les jeunes de l’Atelier du Seigneur Masson qui travaillent avec nous. »

Mais c’est également un moment très intense dans sa vie. « …ma mère est mourante, elle est à Sacré-Cœur, en phase terminale, atteinte d’un cancer qui prend de plus en plus de place dans son corps. » Laurelou se rend à l’hôpital régulièrement, lui montre ses maquettes, lui décrit chaque étape du projet, lui parle de l’équipe et de cette passion qui l’habite à construire ce dragon. Sa mère s’anime, emportée par l’élan créateur de sa fille. Elle lui dit qu’elle aimerait bien voir ça, qu’elle pourrait peut-être louer un avion le 23 pour être là…

Elle meurt le 14 juin.

« L’équipe est de tout cœur avec moi pour la fin du projet, mon père s’y implique aussi. »

Illustration d’un dragon ailé (Friedrich Justin Bertuch – 1806)

Une semaine plus tard, le dragon trône sur l’eau, il est immense. C’est le solstice d’été et la pleine lune l’éclaire de toute sa splendeur. « En voyant les yeux du dragon sous cette pleine lune, j’ai tout de suite su que c’était une maman dragon. » Dans un grand moment de rapprochement et de solidarité et très touchée par ce que vit Laurelou, toute l’équipe s’adonne avec leur camarade à un peu de magie et fait un souhait : que sa mère et la pleine lune fassent vivre ce dragon et lui fasse cracher du feu, mais sans blesser personne bien sûr!

Le lendemain, l’artificier responsable, au lieu d’installer ses trois feux d’artifice dans les trois narines du dragon prévues à cet effet, les installe en un seul endroit. Lorsque le signal est donné d’allumer les feux d’artifice les uns après les autres, tout s’enflamme en même temps, propageant le feu sur le dragon. Sur le dos de la bête se trouve un jeune garçon personnifiant Saint-Jean-Baptiste et à l’intérieur un technicien de la SODECT, chargé d’actionner la bouche du dragon. Une génératrice est installée aussi à l’intérieur et le technicien n’entend pas ce qui se passe et surtout ne réalise pas qu’en actionnant la bouche, il attise le feu avec l’air qu’elle dégage. Le directeur artistique saute sur le radeau pour évacuer le personnel du dragon. Le jeune Saint-Jean-Baptiste réussit à se réfugier à l’arrière du radeau et à libérer les centaines de ballons gonflés à l’hélium prévus pour la fête. Tout le monde s’en sort indemne, avec une histoire incroyable à raconter.

Laurelou, elle, se tient sur la berge, dans un état second et arbore un très large sourire. Elle ne réalise pas tout à fait ce qui se passe. Pour elle, c’est un spectacle absolument grandiose. Son souhait et celui de ces amis sorciers ont été exaucés. Le dragon mère, sa mère, dans un grand feu d’artifice, les a salués pour une dernière fois!

« Aujourd’hui, ma fille, qui n’a jamais connu ma mère, l’appelle Grand-maman Dragon! »

Je vous l’avais bien dit, cette histoire est très émouvante.

Chère Laurelou, tu nous as fait un cadeau inestimable et nous t’en remercions du fond du cœur.  En nous offrant l’histoire de Grand-maman Dragon, tu nous rappelles l’importance d’être solidaires, à l’écoute des joies et des peines de chacun. L’importance de bâtir ensemble des ponts et des histoires à transmettre. Celle aussi de la magie faite de communion, de compassion et de fantaisie. Cette histoire, tout à la fois rocambolesque et spirituelle est d’une grande beauté et j’espère qu’en la racontant et en la lisant, Grand-maman Dragon nous rendra une petite visite dans nos rêves.

Peinture d'un dragon oriental (Katsushika Hokusai - 18e s.)

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